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04
Fév
12

Angoulême 2012: Interview Niko Henrichon

La dernière édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’est déroulée du 26 au 29 Janvier dernier. Un festival riche en rencontres et en péripéties (pas très glorieuse pour le rédacteur de ses quelques lignes) mais qui finalement fut une expérience sans précédent autant humaine que physiquement (et surtout pour mon foie). La première personne que nous avons pu rencontrer est le dessinateur de la bande dessinée Noé, projet de longue date porté par Darren Aronofsky et dont nous pensons le plus grand bien ici même. Humble, passionnant et adorable, Niko Henrichon est un artiste simple qui a bien voulu répondre à nos questions dans un très joli cadre situé dans les backsatge du stand Le Lombard. Voici donc son interview écrite.

Absolute Zone: Bonjour Niko. Est-ce que tu peux te présenter, toi et ta carrière ?
Niko Henrichon: Mon nom c’est Niko Henrichon. Je suis canadien d’origine, français d’adoption. Maintenant, je vis en France et je fais de la bande dessinée depuis maintenant 10 ans, après avoir fait des études en Belgique pendant 3 ans. J’ai appris le métier là, et puis j’ai commencé à travailler assez tôt dans les comic-book américain. C’est là où j’ai trouvé, la première fois, du travail et depuis ça, ça ne s’est jamais arrêté. Heureusement d’ailleurs !

AZ: Ton premier job date de 2001, et c’est un épisode spécial de Sandman. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu en es arrivé à travailler sur cette série et comment s’est déroulée cette première expérience ?
NH: Moi, la première fois, j’ai fais comme tous les apprentis dessinateurs de bande dessinée: j’ai envoyé un dossier avec des travaux à tous les éditeurs, incluant tous les éditeurs français et les éditeurs américains. Comme je connaissais les deux langues, j’étais assez à l’aise pour travailler des deux côtés. Donc j’ai envoyé tout simplement partout, un condensé de mes meilleurs travaux d’étudiants. Et puis, la seule réponse positive que j’ai eu, c’était chez DC Comics, la branche Vertigo, qui m’ont dit «ouais ça nous intéresse, on veut bien faire un petit truc de 6 pages». Donc c’est 6 pages le premier truc sur Sandman, et c’était avec l’auteur Bill Willingham, qui allait plus tard devenir le Bill Willingham de Fables, une grande série aujourd’hui. C’est avec lui que j’ai travaillé la première fois et puis c’est vrai que j’ai rarement travaillé avec des auteurs dont j’aimais pas le travail. C’est arrivé très très rarement, donc depuis je touche du bois.

AZ: Et justement, après il t’a invité sur la série Fables pour un épisode…
NH: Oui oui. En fait, l’éditrice (NDLR: Shelly Roeberg) qui s’occupait de mon tout premier projet sur Sandman était la même éditrice qui bossait avec Bill Willingham sur Fables. Et puis, je l’ai croisé dans un festival à Toronto… D’ailleurs c’est souvent comme ça, il faut que les gens sachent qu’on a des boulots parce qu’on croise quelqu’un qui pense à nous soudainement, et puis qui nous rappelle pour du travail. Alors qu’on enverrait un message, ça serait pas la même chose. Souvent, on croise des gens, on a une discussion et ça rappelle à l’éditeur qu’on peut travailler ensemble. C’est vrai que ça m’est arrivé souvent ce genre d’expériences. Et ça s’est passé comme ça, ils avaient un numéro qui n’était pas dans la continuité, isolé. Fables, ça fonctionne par cycle. Et il y a 5/6 numéros de suite qui forment une histoire un peu plus grande. Là c’était un numéro isolé, ça se prêtait bien à changer de dessinateur plutôt que dans un grand cycle. D’ailleurs, ils changent rarement de dessinateur dans un cycle, où c’est important d’avoir une continuité. Donc il cherchait un dessinateur, l’éditrice m’a appelé et je l’ai fais. Malgré que c’était un peu compliqué parce que là, c’est vraiment du mensuel. Faut faire 22 pages au complet par mois. Et je l’ai jamais accepté, sauf pour Fables, parce que j’aimais beaucoup la série et c’était un des derniers coups de coeur que j’avais eu à l’époque. Et puis quand on m’a proposé de travailler dessus, de suite j’ai dis oui. Après j’ai compris dans quoi je m’étais embarqué (rires).

AZ: Après Sandman, tu as réalisé Barnum!, avec Howard Chaykin. Comment s’est passé cette collaboration, sachant que Chaykin est dessinateur ? Il t’a donné des conseils au niveau du dessin ?
NH: Oui oui. En fait avec Howard, j’ai appris beaucoup sur la mise en page américaine. Parce que moi, j’étais d’avance un peu plus franco-belge, comme j’étais allé à l’école en Belgique, donc des mises en page assez standard avec plus de cases par pages. Donc c’est pas le même métier que faire des comic-book américains. Et Howard et David Tischman, son collaborateur, m’ont vraiment mis dans le bain du travail à l’américaine, avec toutes les petites subtilités de mise en page qu’on peu faire. On en a discuté et ils m’ont tout de suite mis à l’aise avec ça. J’ai quand même beaucoup appris parce que Howard écrit son script de la même façon qu’il met en page lui même quand il fait ses propres comic-book. J’ai connu entre temps ce qu’il faisait et donc j’ai vu ce qu’il voulait dire en voyant ses propres comic-book, parce que je voyais bien là où il voulait en venir. Donc ça m’a aidé pas mal.

AZ: Ensuite, tu as travaillé sur la franchise Star Wars…
NH: Euh… Très brièvement. C’est vrai qu’on me mentionne souvent sur internet. Je sais pas pourquoi c’est resté. J’ai travaillé pour un studio de dessinateurs, d’illustrateurs, de story-bord… Des gens qui faisaient du dessin à toutes les sauces. Mais c’était un travail de studio. Il y a mon nom sur le comic-book, mais j’ai fais qu’une infime partie du travail. Mais oui, j’ai collaboré à une histoire de Star Wars, de Superman, de He-Man. J’ai même travaillé sur Dora si tu veux une révélation ! (rires)
AZ: Sur Dora ?! Mais comment t’en es arrivé à bosser là dessus ?
NH: Bah comme je te dis, c’était un studio qui faisait tout. Donc incluant des décors de dessins animés. Voilà. J’ai tout essayé moi ! (rires)

AZ: Toujours chez Vertigo, tu réalises Les Seigneurs de Bagdad, avec Brian Vaughan. Pourquoi, d’après toi, cette œuvre a été la plus importante ? C’est parce que tu avais plus d’expériences ?
NH: C’est le scénario. Franchement… (AZ: Fais pas le modeste !) Nan mais c’est vrai, c’est pas de la fausse modestie. Ce genre de scénario, il suffit que le dessinateur s’en sorte bien, et ça marche de toute façon. Il y a vraiment une bonne structure de base, tout est là pour faire une bonne histoire et si les dessinateurs merdent pas trop, ça passe. Moi dans mon cas, ça c’est bien passé, je pense. En tout cas j’ai eu de bons commentaires. J’avais même été nominé pour un Eisner Award. C’est le pinacle des prix de bande dessinée aujourd’hui. J’avais été beaucoup récompensé pour cette oeuvre là. Mais à la base, c’est simplement une bonne histoire de Brian K. Vaughn. J’ai eu la chance d’être là au bon moment pour pouvoir le faire, et puis d’être disponible. Il y a des gens, des fois, qui ne sont tout simplement pas dispo. Il se trouve que moi je l’étais et puis voilà.

AZ: Tu passes chez Marvel, où tu fais quelques numéros par ci par là (New X-Men, Black Panther, FF…) pour finalement aller voir ailleurs. Comment s’est passé cette expérience dans la Maison des Idées ?
NH: Très bien. Avec Marvel, c’est comme ça, dès qu’on est connu un petit peu ailleurs pour faire autre chose, ils viennent vite te chercher. Et moi ça a été le cas, étant donné que Bride of Baghdad avait été un bon succès et que tout de suite mon nom était associé à ça. Donc y avait un certain enthousiasme à m’engager. Et puis, ils m’ont proposé des projets comme ça. Je voulais pas tellement m’inscrire dans la continuité Marvel parce que, un, j’y connais rien, et puis deux, j’avais pas spécialement envie de ça. J’avais envie de faire des projets chez eux, mais des projets un peu plus marginaux, des choses différentes. Et puis ils m’ont proposé ça. Et du fait aussi que je suis quelqu’un qui aime tout faire, le dessin jusqu’à la couleur, et que dans contexte des comic-book mensuel c’est assez compliqué de faire ça puisque c’est 22 pages par mois, quand on fait tout, c’est vraiment la galère. Donc ils ont été sympas, ils m’ont confié des histoires courtes, ou des histoires où j’avais un long délai pour le faire. Donc c’était très agréable. J’ai pas à me plaindre du tout de la collaboration Marvel Comics. Et si j’avais le temps, j’en referais encore. Le problème c’est que j’ai plus le temps… J’adore ça faire des couvertes, des illustrations. C’est fantastique, c’est vraiment amusant.

AZ: Vous faites donc, le dessin, l’encrage, la couleur… Pourquoi pas le scénario ?
NH: Ah bah ça viendra bien un jour hein, c’est la prochaine étape. Mais c’est vrai que ça m’intéresse, parce que c’est seulement à ce moment là où il y a une homogénéité dans l’œuvre, et qu’il y a un certain avantage parce que le scénario est fait en fonction des capacités du dessinateur. Faut pas non plus tomber dans le piège de se donner des trucs trop facile à dessiner. Ça, ça peut être dangereux. Mais j’aimerais bien écrire un scénario. Ça viendra un jour, j’ai quelques idées. Je sais pas quand, mais ça viendra.

AZ: Venons en à Noé, publié chez Le Lombard, écrit par Darren Aronofsky. Avant de parler de la BD, est-ce que c’est un réalisateur que tu connaissais et appréciais avant ?
NH: Oui, je connaissais et j’appréciais. J’avais pas vu tout ses films. J’avais vu seulement Requiem for a Dream, qui est sont succès culte, et ça m’avait beaucoup impressionné. Donc quand il est venu vers moi avec cette idée, ça m’a emballé… Enfin pas du premier coup. Pour faire court, j’avais reçu son message pendant que j’étais en vacances et j’avais pas réalisé. J’avais mal lu le message ! (rires) J’étais en vacances, donc j’y ai pas porté l’attention que je devrais. Et puis j’ai seulement réécrit plusieurs semaines plus tard, quand je suis revenu de vacances; «Euuh, c’est toujours valide cette proposition ? Ça à l’air intéressant !» et finalement, oui, c’était toujours valide, donc j’ai eu de la chance sur le coup. Donc du coup, après, j’ai vu tout les films qu’il avait fait: Pi, The Fountain The Wrestler… ‘Fin, quand j’ai commencé à travaillé sur Noé, il venait de sortir The Wrestler. Parce qu’avant qu’on puisse signer ce projet, il y a eu pas mal de péripéties. C’était pas si évident de le mettre en production.

AZ: Donc tu es vraiment attaché au projet depuis le début ?
NH: A la base, c’était un projet de film, il y a très très longtemps. Ce scénario là, c’était un peu une passion personnelle pour Aronosfky, ça fait longtemps qu’il y travaille, ça fait longtemps qu’il veut le mettre en scène. Mais bon, c’est un film à gros budget. Et on accorde pas un gros budget à n’importe qui, même les gens connus. Et donc il ne savait quand est-ce qu’il allait le mettre en scène, donc quitte à voir ça… Lui c’est un fan de bande dessinée, il est passionné par ça. Il adorerait travailler sur des projets de BD…
AZ: Il a fait The Fountain en BD.
NH: Oui, The Fountain c’est un peu le même principe si on veut. Il voulait faire le film, il a fait la BD en même temps, finalement les deux se sont fait en même temps. Et nous, ça sera probablement ce qu’on va faire parce que il sont déjà en pré-production. Il y a déjà un studio qui est impliqué. Il reste qu’à choisir les acteurs et mettre en branle le truc. Bon, il peut s’écouler quelques mois, voire quelques années avant qu’on ait un film fini, mais je sais que ça commence très sérieusement, le film. Donc peut-être que Noé sortira au complet avant le film, si ça se trouve même pendant, peut-être le dernier tome sortira même après le film lui même. On verra. C’est deux projets, dans le fond, qui vont se faire en parallèle.

AZ: Quelle est votre méthode de travail à tous les 3 pour réaliser un tome ?
NH: Comment je pourrais dire… C’est pas un script de bande dessinée en tant que tel. Bien que Darren soit un fan de BD, ce n’est pas un scénariste de BD, c’est pas son métier. Donc lui, il a écrit un script qui ressemble plus à un screenplay, à quelque chose qu’on pourrait mettre en scène au cinéma ou à la télévision par exemple. Mais même ça, ça a été réadapté pour faire le film. Donc c’est vraiment comme une structure de base, avec tous les péripéties, les dialogues quand même. Et c’est au dessinateur, en l’occurrence moi, de remettre en ordre et d’adapter le scénario à une forme BD. Donc il y a un petit travail d’adaptation quand même, bien que narrativement, ça se tient très bien et qu’on respecte assez bien la ligne directrice. Mais bon, il y a des éléments qui sautent un peu, il y a des choses qui sont difficiles à gérer en BD, comme le temps qui passe, par exemple. Une bande dessinée ça se lit très très vit quand il y a des cases muettes les unes après les autres, donc pour donner une impression de temps qui passe… Il y a des choses qui sont un peu plus compliquées à gérer en bande dessinée alors on se sert des trucs propres à la BD pour pouvoir arriver à nos fins.

AZ: Est-ce que Darren Aronofsky te laisse une totale liberté sur tes cadres, ton découpage ? Comme c’est un réalisateur assez perfectionniste…
NH: Oui, mais ça, ça n’a pas changé. Il est très perfectionniste sur tous ses projets, même la BD. C’est vrai qu’il veut tout voir, tout approuver, il veut être sûr que ça fonctionne exactement selon l’intention que lui avait dans son scénario. Mais bon, on s’entend bien depuis le début. Et puis chaque fois qu’il a de nouvelles idées, ou des choses à amener, moi je trouve toujours que ça rends service au récit. Donc c’est facile de travailler avec lui, je suis généralement toujours d’accord avec ce qu’il propose. Mais, en effet, c’est pas le scénariste qui te donne le script et qui veut voir l’album fini. Là, il veut suivre toute les étapes, tout le processus, il veut adapter les dialogues en fonction des images que je fais… Il y a tout un travail de collaboration qui est exigeant mais qui est créativement stimulant donc c’est très agréable.

AZ: Noé est une BD qui s’inspire de la Bible avec toute une constructions autours de mythes. Quels ont été tes références et tes sources d’inspiration graphique ?
NH: Quand j’ai lu le script au début, je voyais pas trop où il voulait en venir, je comprenais pas bien… J’imaginais, si on faisait l’histoire classique avec Noé, une grande toge, des sandales, les imageries qu’on connait déjà. J’étais pas partant pour ce genre d’univers. Mais tout de suite, ils m’ont expliqué que c’était super décalé comme univers. D’ailleurs, la fin de l’histoire prends une tournure assez inattendue. Donc le parti pris était de vraiment faire un univers décalé, avec très peu de références à ce qu’on connait déjà. Plus mettre en scène un univers fantastique, post apocalyptique, qui ressemble un peu plus à de la science fiction ou de l’heroic fantasy, si on veut.
AZ: En enlevant toute dimension religieuse ?
NH: Il reste quand même la dimension religieux de base. On parle du Créateur, mais ça c’est pas forcément propre à la religion catholique. C’est plus de la mythologie que de la religion en tant que tel. D’ailleurs, Noé est un mythe de l’ancien testament. Et l’ancien testament est à la base d’une religion qui est multi-millénaire, c’est pas exactement comme le nouveau testament. C’est un autre rythme, c’est une autre façon de voir les choses.

AZ: Quels sont tes futurs projets ? La suite de Noé ?
NH: Ouais ouais, que ça, les trois prochains. Là, je suis sur le deuxième, et je vais enchainer pendant 3 ans là-dessus. Ce sera 4 tomes en 4 ans.

AZ: Quelles sont les dernières BD, films, séries, jeux vidéos… qui t’ont fait kiffer ?
NH: Jeux vidéos ? Mais j’ai pas le temps de jouer aux jeux vidéos ! (rires) Les dernières trouvailles ? Attends, faut que je réfléchisse parce que j’ai découvert des choses qui sont pas nécessairement récentes comme, dernièrement, je suis tombé sur Les Tours de Bois-Maury d’Hermann. J’avais jamais lu ça, donc ça m’intéressais. Je connaissais déjà sa série Jeremiah, c’est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai redécouvert une série médiévale assez audacieuse et qui est franchement amusante. Mais sinon, qu’est-ce que j’ai découvert d’autres… Si ! Il y a la série chez Vertigo, Scalped, par Jason Arron et R. M. Guéra. Super bien scénarisé et super dessins, vraiment un grand dessinateur. Et puis ça fait plaisir de voir Vertigo toujours se renouveler, toujours avoir de nouvelles séries, c’est assez sympa. C’est à peu près tout. Je suis pas un gros lecteur de BD.

Propos recueillis par Antoine Boudet.
Merci encore à Niko Henrichon pour son temps et ses réponses,
ainsi qu’à Clémantine De Lannoy et Le Lombard.

23
Juin
11

Freak Angels T3 & T4

Warren Ellis est surement le scénariste dont on parle le plus ici. Il faut dire que dans tout ses boulots, même les moins bons, le plaisir de lecture est toujours là. C’est le cas de la série Freak Angels. D’autant plus que ça fait parti des meilleurs productions du scénariste. On avait déjà parlé des deux premiers tomes, qui étaient une excellente introduction et présentation de l’univers et des personnages. Maintenant que le « sale boulot » est fait, on peut enfin les grands enjeux dramatiques. Et c’est ce qu’il fait avec brio dans les tomes 3 et 4 !

À peine les FreakAngels ont-ils ouvert les portes de Whitechapel aux rescapés de l’apocalypse que, déjà, l’un d’eux s’est mis en tête de perpétrer la sinistre légende de ce quartier londonien ! Alors, tandis que ses « frères » s’échinent à organiser cette nouvelle vie communautaire, Kaitlin mène l’enquête, bien déterminée à faire régner l’ordre. Il y a longtemps, les FreakAngels avaient commis l’erreur de laisser Mark vivre. Quel sera leur choix, cette fois-ci ?

Après avoir essuyé deux attaques, externes, sur Whitechapel, la menace va cette fois-ci venir de l’intérieur. Le premier volume ayant présenté remarquablement les personnages, et les relations qui les animaient, le deuxième avait déjà pu creuser plusieurs pistes d’intrigues. Mais c’est clairement avec le 3ème et le 4ème volumes (réellement complémentaires) que Ellis va creuser encore plus ses personnages, la situation, leur passé, les dangers auxquels ils s’exposent. Le début du tome 3 est en soit peu différent des premiers tomes. Il commence avec un court rappel des personnages, sorte de trombinoscope, pour ensuite continuer dans le récit psychologique, explorant chaque personnage un petit peu plus, avec un enchainement des scènes très télévisuel, sorte de mini-tranches de vie qui s’entre-mêle. Et discrètement, le scénariste va glisser de plus en plus de pistes, d’intrigues, d’enjeux.

Et c’est après ce travail d’artisan, tel un joueur d’échec qui met ses pièces en places, qu’Ellis va abattre son jeu, mélangeant toutes les intrigues et enjeux afin de livrer un récit rapide, tendu, dramatique, avec beaucoup d’action, de rebondissement, qui scotche le lecteur. Un récit mener de main de mettre, où Warren Ellis arrive à mélanger des intrigues différente avec une cohérence folle, en apportant une tension dramatique folle, une peur du sort des personnages, qui perdent peu à peu le contrôle. Une intrigue qui appelle également à des éléments des deux premiers tomes, le tout formant un puzzle assez incroyable. L’intrigue dure pendant les deux tomes, donnant d’autant plus de tension entre les deux, le cliff de fin de tome 3 étant assez insoutenable. D’autant plus que, si le tome 4 conclue (en quelque sorte) cette intrigue et cette période de forte tension, il ne commence pas là dessus.

En effet, le scénariste a préféré, après avoir laissé ses personnages dans une situation assez catastrophique, raconté l’origine de cette « fin du monde ». Un fantasme de scénariste que de laisser le spectateur dans le flou après un moment de tension dramatique extrême, que de raconter « l’origine » de son personnage (un peu comme ce qu’à fait Alexandre Astier avec Kaamelott). Mais ce passage, si il est ultra frustrant, permet réellement une meilleur compréhension des enjeux. La construction de Freak Angels est donc toujours aussi télévisuel, que ce soit dans l’enchainement des scènes comme dit précédemment, ou même dans le rythme globale d’un volume. D’autant plus que, si la publication en album n’était pas celle d’origine, on récent quand même un découpage précis et réfléchis pour chaque tome.

La puissance dramatique du récit, et le découpage télévisuel ne serait rien sans le talent du dessinateur Paul Duffield. Si il a prouvé dans les deux premiers tomes qu’il savait dessiné, et que son style collait parfaitement à l’ambiance « fin du monde », il prouve ici son art de la mise en page, tantôt sobre, tantôt plus extravertis et de la mise en scène e l’action. Les dialogues sont en mise en scène de façon sobre donc, avec des couleurs froides. Mais, quand le rythme du récit augmente en intensité au fil des pages, Duffield rend ses planches plus dynamique, avec ici un effet de pluie qui souligne la rapidité de l’intrigue et la confusion des personnages. D’autant plus que le dessinateur met en valeur les grandes actions, ou autres passages où les Freak Angels utilisent leurs pouvoirs, en sortant les personnages des cases, alors que le reste du temps rien ne sors des cases, avec une narration très claire. Un effet qui renforce ici le sentiment de puissance et qui sort de l’ordinaire (représenté par les simples cases).

Les tomes 3 et 4 de Freak Angels sont intimement lié formant une intrigue dense, passionnante, et rudement bien mené, que ce soit par un scénariste qui fait preuve d’une subtilité et d’un sens du rythme incroyable ou par un dessinateur qui met formidablement en valeur le scénario, ajoutant des idées de mise en scène maligne. Une tuerie cosmique à découvrir d’urgence, d’autant plus que Le Lombard fait vraiment un excellent travail de traduction et d’édition, avec une qualité qui rivalise avec les productions Delcourt, voir même, qui les dépasse.

19
Fév
11

Freak Angels T1 & T2

Warren Ellis est connu pour ses séries complètements décomplexés, fun, et qui rentre dans le gras. Que ce soit avec Transmetropolitan, Desolation Jones ou The AuthorityEllis n’a jamais vraiment fait dans la subtilité et c’est pour cela qu’on l’aime. Et pourtant, la série dont on va parler ici, à savoir FreakAngels, est tout sauf bourrin.

Voici 23 ans, douze enfants anglais sont nés exactement au même moment. Il y a 5 ans, le monde a connu une fin tragique. Dans le quartier de Whitechapel, onze des douze enfants ont reconstitué une petite communauté sur laquelle ils veillent, bien aidés par leurs pouvoirs télépathiques. Car le danger rôde : des survivants désireux de piller leur quartier, bien sûr, mais aussi Mark, le 12e membre, celui qu’ils ont chassé et tué… Alors, pourquoi une jeune femme armée vient-elle réclamer vengeance pour ses frères éliminés par Mark, la semaine précédente…?
Crée par Ellis et le dessinateur Paul Duffield, FreakAngels est d’abord un web comics, qui a eu le droit par la suite à une publication chez Avatar Press, ainsi qu’une traduction chez Le Lombard en France.  Avec cette série,  Warren Ellis expérimente le récit poste apocalyptique mais également un type de narration assez inédit pour le bonhomme.

Warren Ellis expérimente donc ici, avec une histoire qui laisse une grande part au mystère et aux intérogations. En effet, à part le fait qu’ils sont né en même temps il y a 23ans, on ne sait finalement pas grand chose de la situation des FreakAngels, ni qui ils sont réellement. Et cela va se révélé être la grande force de cette œuvre. Car on sait Warren Ellis grand dialoguiste (et la lecture de Nextwave vous le confirmera), on ne sera pas étonné du talent que l’auteur a pour caractérisé ses personnages à merveille, en leur donnant un back ground et de l’épaisseur, uniquement grâce aux dialogues. Aucune voix off, et pas (ou peu) de flash-back ici, les relations entre les personnages ne se tissent qu’à travers les paroles qu’ils échangent. Une narration relativement proche de pas mal de séries télés, chose qui se ressent également sur l’intrigue.

Chaque tome est construit comme une saison, avec un début, un déroulement, et une fin digne d’un final season. Le premier tome, qui fait donc office de saison 1, introduit à merveille chaque personnages en les faisant interagir les uns avec les autres et ainsi créer un réseau relationnel qui servira l’intrigue tout du long, tandis que le 2nd tome fait bouger les choses dans le petit quartier de Whitechapel afin de les déstabiliser et amener de nouveaux éléments. L’intrigue, ou plutôt les intrigues, car Ellis ne se contente pas d’un fil conducteur, mais rajoute des enjeux et sous intrigues entres les personnages. Des personnages qui dévoileront petit à petit leur énorme potentiel, au point de se demander si ils ont une véritable limite. En peu d’espace, Ellis arrive à poser son univers mystérieux et qui jouer avec le lecteurs en lâchant quelques éléments de réponses dans des sous entendus émis par les personnages. Vous l’aurez compris, Freak Angels est une série qui repose plus sur des personnages forts que sur la situation en elle même, comme le fait Robert Kirkman sur Walking Dead. Et comme la série de zombie de chez Image, Freak Angels possède une ambiance graphique unique.

En effet, le dessinateur Paul Duffield adopte ici un très fin et précis, marié à des couleurs pâles qui font ressortir la froideur de ce bout de Londres qui a résisté à apocalypse. Réalisé entièrement à l’ordinateur, ses planches se découpe très souvent en 4 cases, afin de faire ressortir la narration télévisuelle du récit, du propre aveu du scénariste. On remarquera que le style de Duffield, notamment sur les visages, est quelque peu influencé par le manga. Il faut noter également le travail de recherche de l’artiste qui, pour dessiner des monuments et endroits du quartier dans lequel se déroule la série, s’est directement inspiré sur place, afin de les détruire quelque peu pour coller plus à l’ambiance « fin du monde ». Le tout est donc cohérent avec le récit, puisque cette ambiance froide et glaciale sert le récit.

Pour concluer (big up Norman !), Freak Angels est une excellente série, mené par un Warren Ellis inspiré, qui s’est essayer, grâce à internet, à ce type de récit, qu’il maitrise parfaitement. A noter que le 3ème tome, suite à quelques retards, devrait sortir vers la fin du mois, et que la série est prévue en 6 tomes. Une belle surprise, et une belle initiative du Lombard de proposer cette magnifique série en français !

Freak Bigor




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