Archive for the 'Interview' Category

04
Fév
12

Angoulême 2012: Interview Niko Henrichon

La dernière édition du festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’est déroulée du 26 au 29 Janvier dernier. Un festival riche en rencontres et en péripéties (pas très glorieuse pour le rédacteur de ses quelques lignes) mais qui finalement fut une expérience sans précédent autant humaine que physiquement (et surtout pour mon foie). La première personne que nous avons pu rencontrer est le dessinateur de la bande dessinée Noé, projet de longue date porté par Darren Aronofsky et dont nous pensons le plus grand bien ici même. Humble, passionnant et adorable, Niko Henrichon est un artiste simple qui a bien voulu répondre à nos questions dans un très joli cadre situé dans les backsatge du stand Le Lombard. Voici donc son interview écrite.

Absolute Zone: Bonjour Niko. Est-ce que tu peux te présenter, toi et ta carrière ?
Niko Henrichon: Mon nom c’est Niko Henrichon. Je suis canadien d’origine, français d’adoption. Maintenant, je vis en France et je fais de la bande dessinée depuis maintenant 10 ans, après avoir fait des études en Belgique pendant 3 ans. J’ai appris le métier là, et puis j’ai commencé à travailler assez tôt dans les comic-book américain. C’est là où j’ai trouvé, la première fois, du travail et depuis ça, ça ne s’est jamais arrêté. Heureusement d’ailleurs !

AZ: Ton premier job date de 2001, et c’est un épisode spécial de Sandman. Est-ce que tu peux nous expliquer comment tu en es arrivé à travailler sur cette série et comment s’est déroulée cette première expérience ?
NH: Moi, la première fois, j’ai fais comme tous les apprentis dessinateurs de bande dessinée: j’ai envoyé un dossier avec des travaux à tous les éditeurs, incluant tous les éditeurs français et les éditeurs américains. Comme je connaissais les deux langues, j’étais assez à l’aise pour travailler des deux côtés. Donc j’ai envoyé tout simplement partout, un condensé de mes meilleurs travaux d’étudiants. Et puis, la seule réponse positive que j’ai eu, c’était chez DC Comics, la branche Vertigo, qui m’ont dit «ouais ça nous intéresse, on veut bien faire un petit truc de 6 pages». Donc c’est 6 pages le premier truc sur Sandman, et c’était avec l’auteur Bill Willingham, qui allait plus tard devenir le Bill Willingham de Fables, une grande série aujourd’hui. C’est avec lui que j’ai travaillé la première fois et puis c’est vrai que j’ai rarement travaillé avec des auteurs dont j’aimais pas le travail. C’est arrivé très très rarement, donc depuis je touche du bois.

AZ: Et justement, après il t’a invité sur la série Fables pour un épisode…
NH: Oui oui. En fait, l’éditrice (NDLR: Shelly Roeberg) qui s’occupait de mon tout premier projet sur Sandman était la même éditrice qui bossait avec Bill Willingham sur Fables. Et puis, je l’ai croisé dans un festival à Toronto… D’ailleurs c’est souvent comme ça, il faut que les gens sachent qu’on a des boulots parce qu’on croise quelqu’un qui pense à nous soudainement, et puis qui nous rappelle pour du travail. Alors qu’on enverrait un message, ça serait pas la même chose. Souvent, on croise des gens, on a une discussion et ça rappelle à l’éditeur qu’on peut travailler ensemble. C’est vrai que ça m’est arrivé souvent ce genre d’expériences. Et ça s’est passé comme ça, ils avaient un numéro qui n’était pas dans la continuité, isolé. Fables, ça fonctionne par cycle. Et il y a 5/6 numéros de suite qui forment une histoire un peu plus grande. Là c’était un numéro isolé, ça se prêtait bien à changer de dessinateur plutôt que dans un grand cycle. D’ailleurs, ils changent rarement de dessinateur dans un cycle, où c’est important d’avoir une continuité. Donc il cherchait un dessinateur, l’éditrice m’a appelé et je l’ai fais. Malgré que c’était un peu compliqué parce que là, c’est vraiment du mensuel. Faut faire 22 pages au complet par mois. Et je l’ai jamais accepté, sauf pour Fables, parce que j’aimais beaucoup la série et c’était un des derniers coups de coeur que j’avais eu à l’époque. Et puis quand on m’a proposé de travailler dessus, de suite j’ai dis oui. Après j’ai compris dans quoi je m’étais embarqué (rires).

AZ: Après Sandman, tu as réalisé Barnum!, avec Howard Chaykin. Comment s’est passé cette collaboration, sachant que Chaykin est dessinateur ? Il t’a donné des conseils au niveau du dessin ?
NH: Oui oui. En fait avec Howard, j’ai appris beaucoup sur la mise en page américaine. Parce que moi, j’étais d’avance un peu plus franco-belge, comme j’étais allé à l’école en Belgique, donc des mises en page assez standard avec plus de cases par pages. Donc c’est pas le même métier que faire des comic-book américains. Et Howard et David Tischman, son collaborateur, m’ont vraiment mis dans le bain du travail à l’américaine, avec toutes les petites subtilités de mise en page qu’on peu faire. On en a discuté et ils m’ont tout de suite mis à l’aise avec ça. J’ai quand même beaucoup appris parce que Howard écrit son script de la même façon qu’il met en page lui même quand il fait ses propres comic-book. J’ai connu entre temps ce qu’il faisait et donc j’ai vu ce qu’il voulait dire en voyant ses propres comic-book, parce que je voyais bien là où il voulait en venir. Donc ça m’a aidé pas mal.

AZ: Ensuite, tu as travaillé sur la franchise Star Wars…
NH: Euh… Très brièvement. C’est vrai qu’on me mentionne souvent sur internet. Je sais pas pourquoi c’est resté. J’ai travaillé pour un studio de dessinateurs, d’illustrateurs, de story-bord… Des gens qui faisaient du dessin à toutes les sauces. Mais c’était un travail de studio. Il y a mon nom sur le comic-book, mais j’ai fais qu’une infime partie du travail. Mais oui, j’ai collaboré à une histoire de Star Wars, de Superman, de He-Man. J’ai même travaillé sur Dora si tu veux une révélation ! (rires)
AZ: Sur Dora ?! Mais comment t’en es arrivé à bosser là dessus ?
NH: Bah comme je te dis, c’était un studio qui faisait tout. Donc incluant des décors de dessins animés. Voilà. J’ai tout essayé moi ! (rires)

AZ: Toujours chez Vertigo, tu réalises Les Seigneurs de Bagdad, avec Brian Vaughan. Pourquoi, d’après toi, cette œuvre a été la plus importante ? C’est parce que tu avais plus d’expériences ?
NH: C’est le scénario. Franchement… (AZ: Fais pas le modeste !) Nan mais c’est vrai, c’est pas de la fausse modestie. Ce genre de scénario, il suffit que le dessinateur s’en sorte bien, et ça marche de toute façon. Il y a vraiment une bonne structure de base, tout est là pour faire une bonne histoire et si les dessinateurs merdent pas trop, ça passe. Moi dans mon cas, ça c’est bien passé, je pense. En tout cas j’ai eu de bons commentaires. J’avais même été nominé pour un Eisner Award. C’est le pinacle des prix de bande dessinée aujourd’hui. J’avais été beaucoup récompensé pour cette oeuvre là. Mais à la base, c’est simplement une bonne histoire de Brian K. Vaughn. J’ai eu la chance d’être là au bon moment pour pouvoir le faire, et puis d’être disponible. Il y a des gens, des fois, qui ne sont tout simplement pas dispo. Il se trouve que moi je l’étais et puis voilà.

AZ: Tu passes chez Marvel, où tu fais quelques numéros par ci par là (New X-Men, Black Panther, FF…) pour finalement aller voir ailleurs. Comment s’est passé cette expérience dans la Maison des Idées ?
NH: Très bien. Avec Marvel, c’est comme ça, dès qu’on est connu un petit peu ailleurs pour faire autre chose, ils viennent vite te chercher. Et moi ça a été le cas, étant donné que Bride of Baghdad avait été un bon succès et que tout de suite mon nom était associé à ça. Donc y avait un certain enthousiasme à m’engager. Et puis, ils m’ont proposé des projets comme ça. Je voulais pas tellement m’inscrire dans la continuité Marvel parce que, un, j’y connais rien, et puis deux, j’avais pas spécialement envie de ça. J’avais envie de faire des projets chez eux, mais des projets un peu plus marginaux, des choses différentes. Et puis ils m’ont proposé ça. Et du fait aussi que je suis quelqu’un qui aime tout faire, le dessin jusqu’à la couleur, et que dans contexte des comic-book mensuel c’est assez compliqué de faire ça puisque c’est 22 pages par mois, quand on fait tout, c’est vraiment la galère. Donc ils ont été sympas, ils m’ont confié des histoires courtes, ou des histoires où j’avais un long délai pour le faire. Donc c’était très agréable. J’ai pas à me plaindre du tout de la collaboration Marvel Comics. Et si j’avais le temps, j’en referais encore. Le problème c’est que j’ai plus le temps… J’adore ça faire des couvertes, des illustrations. C’est fantastique, c’est vraiment amusant.

AZ: Vous faites donc, le dessin, l’encrage, la couleur… Pourquoi pas le scénario ?
NH: Ah bah ça viendra bien un jour hein, c’est la prochaine étape. Mais c’est vrai que ça m’intéresse, parce que c’est seulement à ce moment là où il y a une homogénéité dans l’œuvre, et qu’il y a un certain avantage parce que le scénario est fait en fonction des capacités du dessinateur. Faut pas non plus tomber dans le piège de se donner des trucs trop facile à dessiner. Ça, ça peut être dangereux. Mais j’aimerais bien écrire un scénario. Ça viendra un jour, j’ai quelques idées. Je sais pas quand, mais ça viendra.

AZ: Venons en à Noé, publié chez Le Lombard, écrit par Darren Aronofsky. Avant de parler de la BD, est-ce que c’est un réalisateur que tu connaissais et appréciais avant ?
NH: Oui, je connaissais et j’appréciais. J’avais pas vu tout ses films. J’avais vu seulement Requiem for a Dream, qui est sont succès culte, et ça m’avait beaucoup impressionné. Donc quand il est venu vers moi avec cette idée, ça m’a emballé… Enfin pas du premier coup. Pour faire court, j’avais reçu son message pendant que j’étais en vacances et j’avais pas réalisé. J’avais mal lu le message ! (rires) J’étais en vacances, donc j’y ai pas porté l’attention que je devrais. Et puis j’ai seulement réécrit plusieurs semaines plus tard, quand je suis revenu de vacances; «Euuh, c’est toujours valide cette proposition ? Ça à l’air intéressant !» et finalement, oui, c’était toujours valide, donc j’ai eu de la chance sur le coup. Donc du coup, après, j’ai vu tout les films qu’il avait fait: Pi, The Fountain The Wrestler… ‘Fin, quand j’ai commencé à travaillé sur Noé, il venait de sortir The Wrestler. Parce qu’avant qu’on puisse signer ce projet, il y a eu pas mal de péripéties. C’était pas si évident de le mettre en production.

AZ: Donc tu es vraiment attaché au projet depuis le début ?
NH: A la base, c’était un projet de film, il y a très très longtemps. Ce scénario là, c’était un peu une passion personnelle pour Aronosfky, ça fait longtemps qu’il y travaille, ça fait longtemps qu’il veut le mettre en scène. Mais bon, c’est un film à gros budget. Et on accorde pas un gros budget à n’importe qui, même les gens connus. Et donc il ne savait quand est-ce qu’il allait le mettre en scène, donc quitte à voir ça… Lui c’est un fan de bande dessinée, il est passionné par ça. Il adorerait travailler sur des projets de BD…
AZ: Il a fait The Fountain en BD.
NH: Oui, The Fountain c’est un peu le même principe si on veut. Il voulait faire le film, il a fait la BD en même temps, finalement les deux se sont fait en même temps. Et nous, ça sera probablement ce qu’on va faire parce que il sont déjà en pré-production. Il y a déjà un studio qui est impliqué. Il reste qu’à choisir les acteurs et mettre en branle le truc. Bon, il peut s’écouler quelques mois, voire quelques années avant qu’on ait un film fini, mais je sais que ça commence très sérieusement, le film. Donc peut-être que Noé sortira au complet avant le film, si ça se trouve même pendant, peut-être le dernier tome sortira même après le film lui même. On verra. C’est deux projets, dans le fond, qui vont se faire en parallèle.

AZ: Quelle est votre méthode de travail à tous les 3 pour réaliser un tome ?
NH: Comment je pourrais dire… C’est pas un script de bande dessinée en tant que tel. Bien que Darren soit un fan de BD, ce n’est pas un scénariste de BD, c’est pas son métier. Donc lui, il a écrit un script qui ressemble plus à un screenplay, à quelque chose qu’on pourrait mettre en scène au cinéma ou à la télévision par exemple. Mais même ça, ça a été réadapté pour faire le film. Donc c’est vraiment comme une structure de base, avec tous les péripéties, les dialogues quand même. Et c’est au dessinateur, en l’occurrence moi, de remettre en ordre et d’adapter le scénario à une forme BD. Donc il y a un petit travail d’adaptation quand même, bien que narrativement, ça se tient très bien et qu’on respecte assez bien la ligne directrice. Mais bon, il y a des éléments qui sautent un peu, il y a des choses qui sont difficiles à gérer en BD, comme le temps qui passe, par exemple. Une bande dessinée ça se lit très très vit quand il y a des cases muettes les unes après les autres, donc pour donner une impression de temps qui passe… Il y a des choses qui sont un peu plus compliquées à gérer en bande dessinée alors on se sert des trucs propres à la BD pour pouvoir arriver à nos fins.

AZ: Est-ce que Darren Aronofsky te laisse une totale liberté sur tes cadres, ton découpage ? Comme c’est un réalisateur assez perfectionniste…
NH: Oui, mais ça, ça n’a pas changé. Il est très perfectionniste sur tous ses projets, même la BD. C’est vrai qu’il veut tout voir, tout approuver, il veut être sûr que ça fonctionne exactement selon l’intention que lui avait dans son scénario. Mais bon, on s’entend bien depuis le début. Et puis chaque fois qu’il a de nouvelles idées, ou des choses à amener, moi je trouve toujours que ça rends service au récit. Donc c’est facile de travailler avec lui, je suis généralement toujours d’accord avec ce qu’il propose. Mais, en effet, c’est pas le scénariste qui te donne le script et qui veut voir l’album fini. Là, il veut suivre toute les étapes, tout le processus, il veut adapter les dialogues en fonction des images que je fais… Il y a tout un travail de collaboration qui est exigeant mais qui est créativement stimulant donc c’est très agréable.

AZ: Noé est une BD qui s’inspire de la Bible avec toute une constructions autours de mythes. Quels ont été tes références et tes sources d’inspiration graphique ?
NH: Quand j’ai lu le script au début, je voyais pas trop où il voulait en venir, je comprenais pas bien… J’imaginais, si on faisait l’histoire classique avec Noé, une grande toge, des sandales, les imageries qu’on connait déjà. J’étais pas partant pour ce genre d’univers. Mais tout de suite, ils m’ont expliqué que c’était super décalé comme univers. D’ailleurs, la fin de l’histoire prends une tournure assez inattendue. Donc le parti pris était de vraiment faire un univers décalé, avec très peu de références à ce qu’on connait déjà. Plus mettre en scène un univers fantastique, post apocalyptique, qui ressemble un peu plus à de la science fiction ou de l’heroic fantasy, si on veut.
AZ: En enlevant toute dimension religieuse ?
NH: Il reste quand même la dimension religieux de base. On parle du Créateur, mais ça c’est pas forcément propre à la religion catholique. C’est plus de la mythologie que de la religion en tant que tel. D’ailleurs, Noé est un mythe de l’ancien testament. Et l’ancien testament est à la base d’une religion qui est multi-millénaire, c’est pas exactement comme le nouveau testament. C’est un autre rythme, c’est une autre façon de voir les choses.

AZ: Quels sont tes futurs projets ? La suite de Noé ?
NH: Ouais ouais, que ça, les trois prochains. Là, je suis sur le deuxième, et je vais enchainer pendant 3 ans là-dessus. Ce sera 4 tomes en 4 ans.

AZ: Quelles sont les dernières BD, films, séries, jeux vidéos… qui t’ont fait kiffer ?
NH: Jeux vidéos ? Mais j’ai pas le temps de jouer aux jeux vidéos ! (rires) Les dernières trouvailles ? Attends, faut que je réfléchisse parce que j’ai découvert des choses qui sont pas nécessairement récentes comme, dernièrement, je suis tombé sur Les Tours de Bois-Maury d’Hermann. J’avais jamais lu ça, donc ça m’intéressais. Je connaissais déjà sa série Jeremiah, c’est un auteur que j’aime beaucoup. Et j’ai redécouvert une série médiévale assez audacieuse et qui est franchement amusante. Mais sinon, qu’est-ce que j’ai découvert d’autres… Si ! Il y a la série chez Vertigo, Scalped, par Jason Arron et R. M. Guéra. Super bien scénarisé et super dessins, vraiment un grand dessinateur. Et puis ça fait plaisir de voir Vertigo toujours se renouveler, toujours avoir de nouvelles séries, c’est assez sympa. C’est à peu près tout. Je suis pas un gros lecteur de BD.

Propos recueillis par Antoine Boudet.
Merci encore à Niko Henrichon pour son temps et ses réponses,
ainsi qu’à Clémantine De Lannoy et Le Lombard.

07
Oct
11

Rencontre avec Michel Hazanavicius et Jean Dujardin (The Artist)

C’est à l’occasion de l’avant-première bordelaise que le réalisateur Michel Hazanavicius et l’acteur Jean Dujardin étaient présent pour présenter leur film, The Artist, en salle le 12 Octobre. A la suite du film, dont vous pouvez retrouvez une critique élogieuse, les deux hommes ont répondu aux questions du publique durant près d’une demi heure. Voici l’enregistrement audio de cette rencontre, difficilement retranscrible, et pour cause, les deux troublions n’ont pas arrêter de vanner à tous va. Une rencontre sous le signe de la connerie, de l’anecdote, du fan relou et du clash avec Arianne Masnet, Brad Pitt et Sean Penn. Rien que ça ! (si ça c’est pas de l’annonce racoleuse)

Jean/Michel Bigor

05
Oct
11

Critique: The Artist

2011, année de la toute suprématie de la 3D, devenu globalement un argument de producteur et non plus un choix artistique de mise en scène. Année également du pari fou d’un réalisateur français qui a décidé de revenir au fondement même du cinéma avec un film en noir et blanc muet qui se place dans les années 30, alors que le cinéma subis l’une de ses plus grandes mutations avec l’apparition du son. Ce film, c’est The Artist.

En salle le 12 Octobre 2011. Réalisé par Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell…
Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l’histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l’orgueil et l’argent peuvent être autant d’obstacles à leur histoire d’amour.

Ce pari fou, c’est celui de Michel Hazanavicius, le réalisateur le plus classe du monde a qui l’on doit La Classe Américaine ou encore, deux des meilleures comédies françaises récentes, les sacro-saints OSS 117. Connu, et reconnu, pour son talent d’écriture grâce à ses travaux précédemment cités, le voir sur un mélo muet était d’autant plus surprenant que suicidaire. D’autant que le casting a de quoi faire saliver, avec un Jean Dujardin qui, au fil de sa carrière, a montré son talent (le plus souvent devant la caméra de ce même Hazanavicius), ainsi que des gueules du cinéma ricain avec notamment John Goodman et James Cromwell. Le film était alors attendu. Très attendu. D’autant plus par l’auteur de cette critique qui est autant amoureux de Dujardin depuis ses débuts (Un Gras Une Fille, c’était quand même mortel) que d’Hazanavicius («Monde de merde !»). Qu’en est-il alors que ce film ?

Autant y aller cash, avant de rentrer dans les détails, le film est une énorme réussite. Un chef d’oeuvre qui dépasse son statut d’expérience et d’hommage pour devenir une vraie œuvre de cinéma, retournant aux fondements du cinéma pour mieux lui déclarer un amour inconditionnel. On entendait déjà venir les «Hazanavicius fait un travail de copier-coller». Et bien non. Si le réalisateur s’impose des contraintes en enlevant la parole à ses personnages, cela lui permet de se libérer dans sa mise en scène. Le film regorge d’idées de cadres, de mouvements de caméra, tous plus brillants les uns des autres, offrant une lisibilité et une évidence dans ce que veux transmettre le réalisateur à son publique. Ainsi, le réalisateur d’OSS ne se contente pas de rendre hommage au cinéma muet, mais il y apporte de l’eau au moulin en se permettant mouvements de caméra et cadres qui n’étaient pas possibles à l’époque. On regrettera le fait que certaines idées de mise en scène ne sont pas plus exploitées par le réalisateur pour que le film respecte son contrat de film muet. Mais cela n’enlève rien au talent tout simplement incroyable du réalisateur pour exprimer une émotion par un plan, une séquence, l’utilisation d’une musique…

La musique a en effet une importance primordiale puisqu’elle sera la seule chose que captera votre oreille du film. Ludovic Bource, compositeur de talent qui a travaille avec Hazanavicius depuis le début (il est ainsi responsable de la musique des deux OSS, ou du fabuleux générique de nos interviews d’Angoulême 2011 !), signe ici une musique sublime, rentrant parfaitement en symbiose avec l’image pour souligner, mettre en évidence, amener une émotion, une idée. Ainsi, c’est elle qui va apporter le rythme du film, avec des composition plus rapide pour certaines scènes, ou d’autres plus lentes, le tout toujours au service de la mise en scène. La chose est d’autant plus risqué sur ce plan que certains passages, entre deux scènes et deux compositions, laisse place à un silence dans la salle. Chose qui peut être effrayante pour tout réalisateur, et peut très vite devenir gênant, le silence devient ici un moment de flottement, sorte de bulle très agréable reposante et légère, où seule la beauté des images contente le spectateur. Car les images sont d’une beauté incroyable, pas seulement grâce à la mise en scène, mais également grâce à la lumière, incroyablement maitrisé pour un film de 2011, où le noir et blanc est presque plus utilisés. Ce travail de lumière met d’autant plus en valeur les images, ainsi que les acteurs du film.

La transition est toute faite pour parler des personnes devant la caméra. On retrouve ainsi Jean Dujardin dans le rôle principal, George Valentin, plus bankable que jamais depuis son pris d’interprétation masculine au dernier festival de Cannes pour ce film. Il campe ainsi un acteur de cinéma muet vedette qui va s’éprendre d’amour pour une jeune actrice, Peppy Miller, joué par Berenice Bejo, qui va rencontrer un certain succès au permise du cinéma parlant. Ce duo d’acteur, sur qui repose le film, est simplement génial, en symbiose comme peut l’être l’image est la musique. La caractérisation de ses personnages passe autant sur le faciès des personnages que sur la mise en scène et l’utilisation des quelques dialogues écrit du film. En effet, on notera que le personnage de Valentin ne parle que très rarement, pour coller à son rôle de personnage de cinéma muet, tandis que Peppy Miller est une vraie pipelette.
On pouvait s’inquiéter de la capacité d’adaptation de Jean Dujardin au format muet, lui qui a une tchatch et une voix singulière, et qui a souvent le droit à beaucoup de dialogues (de Brice de Nice à OSS en passant par Un Gars, Une Fille et bien d’autres), tout nos doutes disparaissent lors de sa première apparition dans une scène d’ovation hilarante. L’acteur ne tombe pas dans le piège de trop surjoué, et joue parfaitement son double rôle d’acteur populaire (qui pour le coup surjoue) et d’homme à la vie bien morose, montrant encore une fois son talent à jouer toutes les émotions (prouvant que les meilleurs acteurs sont ceux cantonné aux comédies, comme le prêche Alexandre Astier). Un talent extrêmement bien dirigé, qui mérite amplement son prix à Cannes. Le reste du casting est également excellent, notamment grâce à une Berenice qui transpire le vintage et la pinup ou aux deux fabuleux seconds rôles que sont Goodman et Cromwell. Un mot sur un personnage essentiel au film, le chien, Uggy, qui mérite également sa Palme Dog.

Si les personnages sont aussi attachant et touchant, c’est autant grâce au talent des acteurs devant la caméra, du talent de l’homme derrière la caméra que de celui de l’homme qui se trouve derrière la plume qui a écrit ce film. C’est le réalisateur lui même, tout seul contrairement aux OSS, qui signe le scénario. Ce dernier est un modèle d’écriture, car présente avec une simplicité folle les personnages, le tout, sans son art du dialogue ! L’histoire en elle même peut paraitre basique, simple, mais pas pour autant dénué de drame et d’émotion. Elle se veut d’ailleurs plus ou moins simple afin de ne jamais perdre le spectateur, qu’il faut quand même un peu guidé dans cet expérience de cinéma inédite pour une grande partie du publique. Mais le scénario, avec cette histoire simple et claire, va se permettre de dépeindre une époque charnière dans l’histoire du cinéma. Un scénario beaucoup plus riche qu’il n’y parait, d’autant pus admirable quand on prends en compte l’absence totale de dialogue.

Et non, je taris pas d’éloge sur ce film, mais rare sont les œuvres que l’ont attends de manière totalement disproportionné et qui se trouve être bien plus que ce que l’on en attendait. The Artist s’impose donc comme un film qui transcende le genre, ne se contentant pas d’un simple hommage. Une déclaration d’amour au cinéma réalisée par un ensemble de talents, plus fabuleux les uns que les autres, que ce soit devant ou derrière la caméra, pour signer un chef d’œuvre du cinéma, intemporel et universel. Et oui.

(PS: Nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur, Michel Hazanavicius, et l’acteur principal, Jean Dujardin, lors d’une séance de question/réponse après la projection du film à l’UGC de Bordeaux !)

24
Août
11

Comic Con France: Interview Adi Granov

Dernière interview from the French Comic Con ! Le site tourne un peu au ralenti, mais c’est pour mieux revenir très bientôt ne vous inquiétez pas. En attendant, voici l’interview du talentueux artiste anglais Adi Granov que Aksel (de Critika) et moi-même avons rencontré (tandis que Bastien était déjà parti et que Xidius se faisait faire un dessin) qui nous parle de son travail, en comics et au ciné, sur le personnage d‘Iron Man, de son prochain projet Astonishing Captain America ainsi que de culture ! Enjoy et rendez vous pour la saison 4 de la Comic Con pour d’autres interviews (ou peut-être même plus tôt…) !

Iron Aksel & Captain Bigor

13
Août
11

Comic Con France: Interview Lee Bermejo

Un grand nombre d’artistes ont été invités à la Comic Con France cette année, et parmi eux, le dessinateur de comics le plus beau gosse du monde. Je parle de Lee Bermejo, artiste de talent qui a réalisé des oeuvres comme Lex Luthor ou Joker avec le scénariste Brian Azzarello, ainsi qu’énormément de couvertures pour Marvel, DC ou Vertigo. Nous avons donc eu la chance d’interviewer ce dessinateur américain qui, en plus d’être très gentil et sympathique, et également passionnant.

DareXidius, Clark BrProd et Lois Bigor.

07
Août
11

Comic Con France: Interview Slimane-Baptiste Berhoun & François Descraques

Si nous avons rencontré pas mal de dessinateurs et scénaristes de comics durant cette saison 3 de la Comic Con France, ce jeune rendez-vous n’était pas seulement consacré au neuvième art, mais également au cinéma, aux séries TV et au web ! Ainsi, comme l’année dernière, toute l’équipe du site Frenchnerd était présente, avec cette année, un stand rien que pour eux ! Étant, moi-même fan de leurs réalisations (j’en ai beaucoup parlé ici même), j’ai eu l’occasion de rencontrer et d’interviewer les réalisateurs Slimane-Baptiste Berhoun (J’ai Jamais Su Dire Non, Garde Fou) et François Descraques (Visiteur du Futur) !

Le Bigor du Futur et le Professeur BrProd !




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