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Mai
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Supergod

Après Black Summer et  No Hero, Warren Ellis livre enfin le troisième volet de son tryptique super-héroïque chez Avatar Press ! Une dernière mini-série qui s’impose comme une œuvre qui exploite à merveille toute la puissance symbolique et évocatrice des super héros.

Les hommes ont tout fait pour voir voler les super-héros, allant jusqu’à créer de toutes pièces les dieux qui sauveront la race humaine.
Mais personne ne s’est demandé comment ils s’y prendraient, ni même s’ils en auraient l’envie.
Découvrez le récit de l’apocalypse ou quand les super héros reprennent à leur compte le crédo dangereux « la fin justifie les moyens »

Black Summer traité de l’humanité des super-héros, et la notion de bien ou de mal pour quelqu’un en dehors de toutes influences politiques. No Hero traité lui de l’inverse, c’est-à-dire de la perte d’humanité et de repère des super-héros. Deux œuvres qui se répondaient, et qui abordé le super-héros d’une manière intelligente. Supergod lui touche non pas au super-héros directement, mais plutôt à ce qu’il représente, ce qu’il véhicule, ce qu’il symbolise. Une œuvre qui transcende son sujet, à la construction complexe, en traitant à la fois de la représentation de ses symboles par l’homme, qui les considèrent comme de véritables divinités, ainsi que de la capacité autodestructrice de l’humanité.

L’histoire commence dans une Londres totalement dévastée, avec un homme, Docteur Reddin, qui raconte la création de plusieurs super-héros dans différents pays, ainsi que les lourdes conséquences que cela a eu sur le monde, et tout cela à un certain Tommy. Dès le début, le lecteur est directement sollicité par la narration, avec ce personnage/narrateur qui, en s’adressant à ce « Tommy », s’adresse au lecteur, le rendant comme seul témoin de ce qui est raconté. (D’autant plus que le Tommy en question est américain, que Reddin balance pas mal sur les USA, et que le comic book a d’abord été publié là-bas…) Cette complicité installée va permettre au  récit d’être une sorte de témoignage, appuyé par l’utilisation, pour 95% de l’œuvre, des paroles de Reddin comme voix off (les dialogues sont très rares). Si cela peut paraitre lourd, la narration se révèle très efficace, avec une immersion quasi instantanée.

Là où la série aurait pu être une énième baston de super-héros, Supergod prend le parti original de ne pas décrire les super-héros comme tel, mais comme de véritables figures religieuses, symboles divins ou représentation matérielle d’une culture. Ainsi, les super-héros ne sont plus seulement des êtres avec des superpouvoirs, mais de véritables divinités, en tout cas aux yeux des hommes. Le rapport que vont avoir les hommes avec eux, en étant leurs créateurs, est merveilleusement décrit, avec d’un côté  un besoin identitaire de représentation divine (comme mis en évidence par l’exemple du veau d’or, dans la religion chrétienne), ainsi qu’une fascination pour ses êtres là. Mais l’aveuglement vis-à-vis de la nature de ses être-là et l’arrogance de l’humanité qui croit pouvoir contrôler des « divinités » va provoquer un choc entre héros, entre divinité, ou symboliquement entre civilisations. C’est l’homme lui-même, et non Dieu, qui va déclencher l’apocalypse.

Si toute cette dimension symbolique (qui est extrêmement dense, je vous laisse décortiquer chaque symboles à la lecture), une autre dimension scénaristique essentielle est parfaitement menée, c’est la dimension géopolitique. Warren Ellis arrive à inventer et décrire des situations politiques plausibles, avec un réalisme qui aide l’immersion. Le brillant scénariste anglais tient parfaitement les tenants et les aboutissants de son récit, extrêmement riche.

Avec une dimension scénaristique aussi riche et complexe (pour le coup, c’est vraiment ce qui se rapproche le plus d’un « Watchmen de Warren Ellis » contrairement à la promo de Black Summer), on pouvait espérer une partie graphique complètement dingue pour appuyer cette œuvre comme un chef d’œuvre du genre. La partie graphique est ici signé Garrie Gastonny, un jeune artiste d’un peu plus de trente ans, qui a un style assez proche de ce que serait un mélange entre le Carlos Pacheco de Ultimate Avengers et un Bryan Hitch en petite forme. Si, dit comme ça, ça donne pas très envie, il faut reconnaitre que c’est quand même bien plus lisible et sobre que Juan Rose Ryp, ce qui colle parfaitement à l’aspect réaliste de cette œuvre. De plus, l’artiste livre toute de même de très belles cases, montrant des combats dantesques et des paysages dévastés. Ce n’est pas aussi grandiose que le scénario, mais c’est tout de même très efficace et plaisant à lire.

Supergod est donc la meilleure série d’Ellis chez Avatar Press, clôturant parfaitement son triptyque avec une vraie réflexion sur l’aspect symbolique du super-héros, sur la religion, et sur l’humanité. Un comic-book absolument incontournable de l’année !!

Superbigor


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