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Critique: Gainsbourg (Vie Héroïque)

Depuis quelques années, on est en fuite d’inspiration au cinéma, les studios se rabattent sur des adaptations de livres, de bande-dessinées, de jeux-vidéos, ils vont jusqu’à même refaire des remakes de films ou de séries d’un autre temps. Et malgré ces nouvelles sources d’inspiration, émerge un style de film assez bancal : les biopics, retraçant la vie d’un personnage emblématique. Pour ma part, je trouve que ces films sont très intéressants, surtout lorsque que j’apprécie le personnage dont on fait la bio. C’est le cas avec Gainsbourg (Vie Héroïque).

Du jeune parisien arborant « l’étoile de shérif » (sic) imposée aux juifs durant l’occupation allemande jusqu’à l’apogée de l’auteur-compositeur-interprète des années 1980, une biographie fantasmagorique de Serge Gainsbourg, créateur qui défraya la chronique et laissa son empreinte dans le monde de la chanson avec de nombreuses œuvres poétiques et subversives. Le film retrace la vie de Gainsbourg à travers la plupart de ses tendances artistiques, de son apprentissage de peintre au Gainsbarre en passant par le jazz de Saint-Germain et les yéyés.

Durant sa vie, Serge Gainsbourg multiplia les talents : chanteur, poète, compositeur, cinéaste … Il s’est dirigé vers la chanson alors que son premier rêve était d’être artiste-peintre.  Surtout connu pour ces chansons provocatrices, voire scandaleuses d’après certains, il marqua les esprits de bon nombre de personnes à travers le XX° siècle. Parmi ces personnes se trouve Joann Sfar, dessinateur et cinéaste qui a déjà parcouru la vie du chanteur à travers son livre d’art Gainsbourg (Hors Champ). Il en reprend beaucoup d’éléments pour les insérer dans son film, qu’il considère comme un conte. En effet, le film fait intervenir des personnages et des scènes rejoignant le fantastique. On soulignera le personnage de « La Gueule », qui est pour ainsi dire le côté provocateur, avide de gloire, d’argent et de femmes, de Gainsbourg. Interprété par Doug Jones (Abe Sapiens dans Hellboy), ce personnage clef représente à merveille une sorte de dualité à l’intérieur de l’esprit de l’artiste. Cette « Gueule » se nourrit du malheur de sont égo, le tente, le pousse à multiplier les conquêtes, lui donne l’inspiration géniale que l’on retrouve dans la majorité des ses chansons.

Il n’y a pas que le côté fantastique qui fait de ce biopic un conte, mais aussi le scénario, qui bien que s’étendant du début jusqu’à la presque-fin de la vie de l’artiste, se permet de nombreuses ellipses, s’appuie sur beaucoup d’invention, d’interprétations, Sfar offre sa propre vision de Gainsbourg, auquel il préfère les mensonges que la vérité. Curieuse manœuvre, pouvant déstabiliser certains spectateurs, mais rendant le film si particulier et intéressant à regarder.

Pour ce qui est des personnages, Éric Elmosnino joue un Gainsbourg tour-à-tour torturé, heureux, inspiré, complexé par son apparence. La provocation et la sensibilité du personnage est bien retranscrite à l’écran. Ses rapports avec ses parents, avec ses enfants et avec les femmes ne sont jamais en reste et occupent unr place prépondérante dans le film. Ce dernier met en valeur une Brigitte Bardot plus vraie que nature, interprétée par Lætitia Casta, et une Jane Birkin plus british que jamais, interprétée par Lucy Gordon.

Pour une biographie d’un musicien, on s’attend à une bande-son maitrisée, c’est le cas pour Gainsbourg (Vie Héroïque): on retrouve donc de nombreuses chansons de l’artiste, toute plus culte que les unes que les autres, avec notamment : Le Poinçonneur des Lilas, Elaeudanla Teiteia, La Javanaise, Comic Strip, Initial B.B, Bonnie and Clyde, Qui est « in » qui est « out », « Valse de Melody » … À travers toutes ces chansons, Sfar expose tous les courants musicaux ayant touché Gainsbourg, du classique au reggae, tout en passant par le jazz.

Joann Sfar nous donne par ce film sa vision fantasmagorique de « l’homme à tête de choux », filtrant avec un aspect fantastique qui ravira certains comme il pourrait en repousser d’autres. Le film donne un portrait de l’artiste qui vogue entre l’image d’un enfant, d’un père, d’un musicien génial, d’un provocateur, d’un amoureux des femmes et d’un homme tout simplement.

Gainsbourg (Vie Héroïque) a reçu le 25 février au soir le césar du meilleur premier film et du meilleur son. Celui du meilleur acteur a été décerné à Eric Elmosnino pour avoir si bien porté à l’écran le personnage mythique qu’était Serge Gainsbourg.

Initials M.B.



1 Response to “Critique: Gainsbourg (Vie Héroïque)”


  1. 26/02/2011 à 15:41

    Un césar plus que mérité !
    Bel article.


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