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Le cinéma allemand: un retour sur l’histoire. La chute (3/3)

Notre dossier consacré aux films allemands de ces dernières années traitant de l’Histoire récente de ce pays s’achève aujourd’hui avec un film en tous points époustouflant: La Chute, sorti en 2004 proposant une vision des dernières heures d’Adolf Hitler dans son Bunker, à Berlin. Film réalisé par Oliver Hirschbiegel.

 

Si j’ai choisi de parler de ce film en dernier lieu, et en dehors de l’ordre chronologique qui pouvait être attendu, c’est parce qu’il m’a particulièrement touché par sa noirceur, et également parce que il se démarque totalement des deux autres.

En avril 1945, alors que Berlin est déjà sous la menace inéluctable de l’Armée Rouge, Adolf Hitler, renfermé dans son bunker, persiste dans son délire et croit toujours en la victoire. Alors que ces hommes les plus fidèles, sentant le vent tourner, le quittent ou se préparent à mourir, le IIIème Reich vit ses dernières heures d’existence.

Reprenant l’une des pages les plus sombres de l’Histoire du XXème siècle,  Bernd Eichinger, le scénariste et Oliver Hirschbiegel, le réalisateur, offrent une vision incroyablement immersive de la fin de la vie du Führer, incarné par un Bruno Ganz glaçant de justesse dans ce costume difficile à porter. Car pourrait-on imaginer pire rôle que celui d’Adolf Hitler, auteur des atrocités qu’on lui connait? Comment rentrer dans cette peau éclaboussée de sang et d’ignominies? C’est en tout cas le défi qu’a choisi de relever Bruno Ganz, et il faut saluer le courage dont il a su faire preuve. En effet, avant de voir sa performance, de nombreuses personnes dans le métier lui ont tourné le dos.

Il faut de suite saluer la performance de l’acteur, fabuleuse, qui a d’ailleurs à l’époque de la sortie du film fait frissonner toutes salles. Personne n’avait osé faire une oeuvre cinématographique aussi axée sur la psychologie de ce personnage, un grand malade, personne n’était allé aussi loin dans son intimité, dans son rôle de chef des armées aveugle, à la veille d’une défaite évidente. Jouer l’inhumanité est une démarche particulièrement difficile, surtout lorsqu’elle est liée à la folie. Bruno Ganz est infect à souhait, monstrueux comme il faut, sans pour autant tomber dans le surjeu. Il est un Hitler convaincant, sans doute assez proche de la réalité sur son caractère plus que changeant. Il ne montre pas une once de compassion, pas un regard sur le monde à feu et à sang qu’il laisse derrière lui. Il éprouve plus de tristesse à l’idée de tuer son propre chien plutôt qu’à celle de se tuer et de tuer sa femme, ainsi que de faire mourir bon nombre de personnes dans le bunker, ce qui renforce son inhumanité, sa démence.

(la mort est proche).

Voir le film à travers les yeux d’Hitler aurait été sans aucun doute trop choquant, c’est pourquoi le réalisateur a choisi un système de narration plus sophistiqué, mais tout de même intéressant: l’ation se déroule à travers  Traudl Junge, la dernière secrétaire du Führer. Elle permet de relier deux personnages aux caractères et aux opinions radicalement opposés mais qui, pourtant, ont vécu ensemble très longtemps, dans une relation professionnelle uniquement. Cela permet parallèlement de montrer que le dictateur avait réussi à berner, à électriser tout le monde, même des personnes bienveillantes.

D’autre part, l’univers du bunker est remarquable. Il confère au film une ambiance sclérosée, une atmosphère inquiétante annonciatrice d’une fin particulièrement chargée en émotions, où la haine, la pitié et l’espoir se mêlent. Ce film est particulièrement puissant et ne laissera personne indifférent. La vision qu’il propose de la fin de la vie d’Adolf Hitler est particulièrement originale, car le spectateur ne peut éprouver de compassion de vant la débandade du régime nazi. Il n’est clairement pas facile de se positionner dans cette oeuvre, où les habituels repères ont disparu. 

Oceanlook.


2 Responses to “Le cinéma allemand: un retour sur l’histoire. La chute (3/3)”


  1. 1 Maxime
    30/01/2010 à 19:46

    Je l’ai regardé hier étant donné que j’avais vu les deux autres films allemands dont tu as parlé et que j’avais pas vu « La chute ». Ce film est encore très bon et assez traumatisant aussi (particulièrement une scène). Le témoignage final de Traudl Junge est juste bouleversant.

  2. 07/02/2010 à 14:04

    Je l’ai vu il y a quelques années. Très intéressant, la guerre vue du côté des allemands n’est pas un sujet souvent abordé?


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