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Déc
09

Critique Ciné : Avatar

Un scénario et un monde qui a bouillonné dans l’esprit de son créateur dès ses 14 ans, 10 ans de développement, 4 ans de production, un budget d’environ 330 millions de dollars, 500 avec le marketing, la création de plusieurs technologies pour les besoins du film dont une toute nouvelle technique de rendu 3D et d’effets spéciaux photo-synthétiques, l’utilisation de la performance capture, l’annonce d’un film révolutionnaire… A moins de vivre dans une caverne depuis 3 ans, nul n’a pu échapper à ce nom qui est désormais sur toutes les lèvres : Avatar. Projet somme du réalisateur canadien James Cameron qui revient derrière la caméra 12 ans après Titanic et son succès n’ayant jamais connu d’égal, le film est annoncé depuis très longtemps comme celui qui va définitivement faire basculer le cinéma dans l’air du numérique, tournant une page pour aller vers de nouveaux horizons riches en possibilités. Alors que le film vient de sortir, il est temps de faire un constat de l’œuvre de toute une vie et après deux visionnages dans des conditions différentes (VO 3D et VF IMAX 3D), peut on dire que l’attente en valait la peine?

James Cameron a toujours désiré mettre sur pellicule un univers de SF riche venant entièrement de son imaginaire mais n’avait à vrai dire pas les technologies pour le faire auparavant. De son propre dire, il tenta déjà dans les années 90 de mettre au point ce projet pharaonique ce qui lui était impossible au vu des possibilités techniques d’alors. C’est lorsqu’il a vu le Gollum du Seigneur des Anneaux qu’il a comprit qu’enfin, Avatar pourrait naître. Dès lors, beaucoup se sont mis à penser que le long métrage serait simplement une vitrine technologique impressionnante mais n’ayant pas grand chose à raconter, ce qui arrive tout de même assez souvent avec ce genre de long métrage quand bien même ici on doit parler de révolution. Et Cameron, menteur ou prophète? Il n’y a aucun doute à se faire la dessus et le film se charge de nous le faire comprendre fissa : ici, la révolution est bien présente et sert constamment l’univers fabuleux crée par son géniteur. Le film nous emmène en 2154 avec Jake Sully, marine ayant perdu l’usage de ces jambes, sur une planète lointaine appelée Pandora sur laquelle se trouve un minerai rare pouvant sauver une planète Terre en péril. Problème, la planète est peuplée d’êtres appelés les Na’Vis et qui s’opposent à ce que leur terre soit exploitée. Sully va alors infiltrer le peuple local à l’aide d’un Avatar, un être fait d’ADN humain et Na’Vi qu’il peut contrôler entièrement à distance. Mais tandis qu’il découvre peu à peu la planète et ses habitants, la question de la viabilité de sa mission va se poser, l’homme tombant amoureux de la planète et d’une jeune femme Na’Vi…

Puisqu’il faut en parler obligatoirement, parlons en maintenant, de la révolution technologique. Le plus important apport du film constitue l’animation en performance capture et le rendu photo réaliste des personnages. Et force est de constater que le réalisateur ne nous avait pas menti. Soyons clairs et nets : jamais on avait vu au cinéma des êtres virtuels aussi bien faits et aussi crédibles. Les Na’Vis ainsi que toute la faune et la flore de Pandora ont bénéficiés d’un soin hallucinant, rendant l’ensemble plus vivant que jamais grâce à un travail de lumière et de texture absolument bluffant et qui certes peut se révéler à de très rares moments perfectibles mais qui marque un pas indéniable dans le domaine, bluffant à de très nombreux passages tant on a du mal à cerner ce qui est virtuel et ce qui ne l’est pas, problème qu’on retrouvait systématiquement auparavant.
Mais surtout, Avatar se montre révolutionnaire sur l’animation de l’ensemble. Les personnages modélisés respirent la vie et bougent, parlent, agissent ou se déplacent comme jamais auparavant, si bien qu’on retrouve non seulement le trait mais aussi le jeu des acteurs à travers leurs avatars, notamment Sam Worthington dont la comparaison est assez facile. Si on avait toujours vu des petits problèmes concernant la synchronisation labiale ou l’animation des yeux, ici le film écrase n’importe quel soucis d’animation et démontre définitivement que désormais plus aucun problème d’animation existe, ce qui est prouvé par des séquences étonnantes, notamment un baiser plus vrai que nature et dont la beauté emporte tout sur son passage. Pour ce qui est enfin de la 3D, là encore Avatar nous fait oublier tout ce qu’on a pu voir auparavant. Dans tous les films en relief qu’on avait pu voir dernièrement, notamment Coraline, Là-Haut, U2 3D ou encore Le drôle de Noël de Scrooge, on avait systématiquement droit à des effets nous arrivant en pleine tronche et tombant devant notre nez, rappelant bien au spectateur qu’il était devant un film 3D. Surtout, même si certains films se révélaient pertinents dans leur utilisation de la technologie, on avait pas encore vu de film faisant oublier cette dernière qui était parfois utilisée comme un grand huit mais avait toujours tendance à rappeler sa présence. Jusqu’au miracle Avatar.  C’est simple : au bout de 5 minutes de film que ce soit en 35 mm ou en IMAX, on oublie totalement la 3D tant celle çi sert la mise en scène et permet une immersion encore jamais vu, prenant le spectateur et le plongeant littéralement dans l’univers de Pandora, lui donnant le vertige lors des séquences de vol ou lui donnant l’impression d’être entouré de verdures lors des passages en forêt. Et pourtant, le film réussi aussi le tour de force d’être aussi marquant en 2D qu’en 3D, le metteur en scène ayant avant tout penser à faire un grand film classique et à utiliser la 3D comme un plus indéniable certes, mais sans pénaliser les spectateurs contraints de le voir de manière classique. Mais attention, réduire le film a une simple vitrine technologique serait offensant et quand on connaît le narrateur hors paire qu’est Cameron, on était en droit d’attendre énormément. Et pour être servi, on a été servi…

Le spectateur va découvrir la planète en même temps que Jake Sully qui est tout aussi vierge de connaissances envers Pandora que le public et c’est donc tout d’abord un grand récit initiatique sur la formation du personnage à toute une culture, une façon de penser. Le personnage est immédiatement attachant de par son handicap et aussi enjoué soit il par la seconde chance que va lui offrir son Avatar, il va parcourir Pandora avec un plaisir communicatif, James Cameron nous invitant à visiter un univers ultra cohérent, à la richesse visuelle hors norme et qui marquera tout le monde avec ses nombreux tableaux incroyables. On ne peut que se laisser prendre au jeu et être en admiration devant Pandora tant la planète totalement originale créée de fond en comble par le maestro est fascinante, avec sa flore vivante et en interaction avec son peuple tout comme les différentes bêtes aussi impressionnantes qu’amusantes, à l’image du massive Thanator auquel notre héros va faire face dans une poursuite grisante ou encore des petits singes vertes à doubles bras qui nous étonneront autant qu’ils nous amuseront lors d’une apparition rapide. Le créateur est perfectionniste et cela se ressent tant la planète est riche et possède de très nombreuses subtilités parfois ultra détaillées et minutieuses. Évidemment, Jake Sully va se poser des questions sur la légitimité de son rôle en découvrant tout cela et va s’imposer petit à petit en héros. Dès lors, on peut voir fleurir partout des critiques décriant un scénario très classique, trop classique et dont on devine aisément la fin. La question n’est pas là. Jamais le réalisateur scénariste n’a annoncé un scénario révolutionnaire car au contraire, Avatar a toujours été présenté comme un grand récit d’aventure classique. Et c’est bel et bien ce qu’il est. Car à la même façon qu’un Star Wars, qu’un Seigneur des Anneaux ou qu’un Matrix, on retrouve dans Avatar les grandes figures imposées du récit mythologique classique qui régit depuis des siècles les grands récits universels. On retrouve donc un homme découvrant un monde en péril et qui va s’imposer au terme d’une initiation comme son sauveur. A t’on reproché aux exemples précédents d’être classiques? Non. Et tout comme eux, Cameron livre ici un film universel et joue brillamment avec les codes de ce type de grand récit pour que le spectateur plonge totalement dans l’univers du film, accompagnant son histoire d’un sous texte écologique brillamment amené et transcendé par la mise en scène de bout en bout. Rares sont les réalisateurs qui sont capables de porter le spectateur durant 2h40 sans voir le temps passé et une nouvelle fois, James Cameron réussi ce défi haut la main grâce au souffle totalement épique qui traverse tout le film et qui permet au public d’être émerveillé de la première à la dernière minute.

Le réalisateur réussi ce tour de force avec une galerie de personnages forts, allant du héros auquel on s’identifie immédiatement à Neytiri, un personnage féminin incroyable et très touchant, ou encore au bad guy superbement interprété par Stephen Lang, apparemment pas mal décrié comme le méchant cliché mais dont la caractérisation est minutieusement effectué par de nombreux petits détails montrant un personnage plus riche qu’il n’y paraît. Emporté par l’évasion incroyable que procure Pandora, le spectateur va s’attacher et vivre avec les protagonistes de l’histoire grâce au perfectionnisme légendaire du réalisateur qui ici mieux que jamais livre une mise en scène qu’on ne peut jamais remettre en cause tant le rythme est parfaitement soutenu, tant tous les plans sont parfaits et riches en détails. Et si cela sera appuyé par les 45 dernières minutes de bataille absolument dantesques dans lesquelles le réalisateur écrase littéralement la concurrence en mettant notamment en scène une bataille aérienne entre une centaine d’aéronefs et un énorme bataillon de reptiles volants avec un sens de la lisibilité et du dynamisme scotchant le spectateur sur son siège, le véritable coup de maître reste les nombreux moments de grâce du film. Très peu de réalisateurs sont capables d’insuffler des moments de poésie purs dans un tel métrage et Cameron le fait encore une fois, entre des séquences de nuit dans la forêt dont la magnificence va vous émerveiller, entre un baiser de cinéma comme on voit peu souvent, se révélant simple et touchant ou encore des séquences de vols virevoltantes et aussi jouissives que somptueuses. Car au final, et c’est finalement ce qui est le plus important avec Avatar, c’est qu’il fait partie de ses rares films tellement épiques et sincères qu’on les vit littéralement.

On s’attendait à une claque visuelle et une fois de plus, toutes nos attentes ont étés surpassées. Avec Avatar, James Cameron livre un film comme on voit minimum tout les 5 ans, un véritable monument au message universel et étant si riche et si sincère qu’on lui pardonne immédiatement ses rares défauts (notamment une bande son pas toujours bien utilisée) et que l’on oublie le côté technologique servant totalement l’histoire, tant le long métrage est dense et généreux, à tel point que le véritable reproche qu’on lui fait en sortant est d’être trop court (le film a été ramené à une durée de 2h40 pour coller à la durée de l’IMAX  et ne pas proposer le film dans différentes versions mais on sait qu’une version de plus de 3H arrivera). Une fable titanesque à voir et à revoir qui mérite d’ors et déjà de devenir un énorme succès populaire et qui sera à coup sûr vécue pleinement par de nombreux spectateurs qui découvriront le sourire aux lèvres un univers fascinant et magique, démontrant bel et bien que James Cameron est un génie humble et surtout, un cinéaste majeur qui ouvre la voie du cinéma du 21ème siècle par un récit aussi simple qu’inoubliable.
Plus qu’un chef d’oeuvre : une date dans l’histoire du cinéma.

Xidius


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